Exclusion par absentéisme, légitimation par silence

Alors que les dernières paroles de la légendaire chanson d’Iron Maiden résonnent dans ma tête … « When I’m walking a dark road, I am a man who walks alone… » (quand je marche une sombre route, je suis un homme qui marche seul), je me souviens que jadis, jeune garçon d’à peine dix ans, j’étais terrifié par la nuit, et je faisais des cauchemars horribles où des Gremlins (les célèbres créatures du film du même nom) me pourchassaient, et j’étais toujours dans un état de panique intense quand je rêvais de ces êtres qui me faisaient si peur.

Le noir m’angoissait, le noir m’effrayait, le noir était dangereux. Je ne pouvais dormir qu’avec une veilleuse, dont je me souviens encore avec précision le modèle, sa couleur, son apparence, c’était mon seul salut pour espérer une nuit paisible et des rêves sereins.

Aujourd’hui à vingt-neufs ans bien pesés, le noir ne me fait plus peur, je le cherche, cette obscurité est mon unique amie . Elle me réconforte, me rassure. Je l’aime autant que je la hais, et je la regarde droit dans les yeux. Je l’observe alors qu’elle aussi, vivante mais difforme, m’observe de la même façon. Nos yeux se croisent, nos êtres fusionnent, la solitude s’envole dans un instant fugace, suspendu dans le temps … je me sens soudain léger … car c’est elle, aujourd’hui, ma grande angoisse, ma grande ennemie, ma terreur insupportable et invincible.

Car c’est cela mon lot quotidien, une longue suite de journée interminable, identique ou presque. Et bien que j’ai tout tenté, même ce que je n’étais pas capable d’imaginer oser faire un jour, elle est toujours là malgré mes efforts titanesques, intacte, ricanant de mes échecs au creux de mon oreille.
Un jour, elle est s’est posé délicatement sur mon existence, tel un lourd, si lourd rideau, sombre et opaque, me rendant invisible aux yeux de tous, et le son de mes hurlements ne peuvent pas percer son tissu aussi épais que l’armure des chevaliers d’antan.

Tel est la façon dont je vis mon isolement, tel est la vision qui s’imprime dans mon esprit quand elle m’accable. Et si certains peuvent prétendre à l’exagération, à une plainte larmoyante surjouée, c’est faux, et s’ils persistent à le penser, ils font partie de ces personnes inhumaines qui propagent la banalisation et la diminution de la souffrance d’autrui, et au passage, je les emmerde tant ils me révulsent et me font vomir.

Abyssus abyssum invocat.

Aujourd’hui, j’ai rencontré Flora pour la deuxième fois. Et pour, peut-être, la première fois de mon existence, un autre être humain m’a directement dit que j’étais talentueux, que j’avais de la valeur. Mieux, elle m’a proposé et encourager à utiliser ces supposés talents. Pour mon plaisir, et en même temps pour un bien commun. Que ce soit pour directement le bénéfice des personnes autistes dont je fais partie (le leitmotiv de l’association qu’elle préside), ou de manière plus générale, offrir une voix. Une voix qui s’exprime. Une voix qui a des choses à dire. Une voix qui existe. Une voix qui parle humblement en son nom, ou je le souhaite et espère un jour, au nom d’autres personnes. Ma voix. J’ai toujours voulu être chanteur, mais si la voie de chanteur de Death Metal ne semble pas être la mienne, je prendrais celle du clavier, et des lettres, pour raconter mon histoire, et celles d’autres, ou simplement ma version d’une histoire. Après tout … c’est là que tout a commencé, grâce aux encouragements d’une certaine Mina, sur un blog du nom de « Histoires d’un mec ». Après tout … Je vis pour les histoires.

Et mon histoire à moi, Flora a bien voulu l’écouter, et à mesure qu’elle l’écoutait, et que je la narrais, elle m’a répondu avec douceur, tendresse, en m’offrant une opportunité.
C’est ainsi qu’une partie du lourd voile de solitude posé sur mon corps s’est envolé, s’est brisé. Là où j’ai tant échoué à le détruire, l’abimer, le déchirer, il n’a suffit qu’une oreille attentive à mes cris pour faire disparaitre une partie, et révéler un être fragile, recroquevillé, frissonnant de tristesse, le visage plein de larme, suppliant à l’aide de ses yeux écarquillés.

Cette histoire … ce n’est pas que la mienne. Elle est d’un commun affligeant, révoltant, enrageant, dont la violence de cette hideuse vérité est sans communes mesures et dont le monde entier n’a rien à foutre tant elle est incroyable. Par un consensus muet, il, que dis-je, ils, vous, tu, elle, condamne un grand nombre de personnes, autistes, schizophrènes, marginales, différentes, étranges, originales, blessés, malades, homosexuelles, et tant d’autres, à la mort. Non putain je n’exagère pas. La mort !

La mort est parfois le premier vrai ami que les vivants rencontrent.

Combien de cas de personnes décédée seule dans leur logement, oubliées, ont été répertorié cette année ? Combien de suicide ? Combien de personnes ont vu leur esprit se rompre pour se réfugier dans une rage furieuse vengeresse, seul forteresse face à l’horreur de leur existence ? Une chiée. Pour être honnête je n’ai pas les chiffre, mais quel qu’il soit, il est bien trop, bien trop élevé. Et n’osez pas venir mentir en disant que cela ne se produit pas TOUS LES PUTAINS DE JOURS sur cette foutue planète.

La différence aujourd’hui mène à un exil d’un grand nombre de personnes, car silencieusement, petit à petit, ils disparaissent, indésirés, persona non gratta, ils se voient coupé l’accès de divers endroits où se rassemble leur cousins homo sapiens sapiens. Leur possibilités s’atrophient, jusqu’à se volatiliser. Condamné à rester chez eux, prier que quelqu’un reçoivent leur complaintes, car c’est leur seul et unique espoir.
Le spectre du rejet flotte autour d’eux, il imprègne leur peau de sa puanteur, sape leur fonction vitale, et oblitère toute joie et espoir de rédemption. Ils entre-aperçoivent la mort approcher à travers la danse hypnotique des ténèbres qui les aveugle.
Petit à petit mis au banc de la société, ils s’en vont pour leur dernier voyage, chez eux, dans un microcosme au beau milieu d’une planète, invisible aux yeux de tous, jusqu’à un beau jour … dans leur rêves les plus fous … quelqu’un les extirpe de cette abysse de noirceur, ses griffes de jais attrapant la jambe de la malheureuse victime pour la faire sombrer une nouvelle fois dans leur enfer, un éternel boudoir ou leur agonie résonnent encore. Et si personne n’est assez fort pour les tirer de là. Croyez-moi. Plus jamais vous ne les verrez. Et vous n’aurez jamais conscience de ce que vous avez rater, ni de ce à quoi vous avez condamne un nombre incroyable d’être humain.

Car la solitude est un génocide synchronisé sur nos coeurs, et notre oubli de la valeur d’autrui. Nous sommes tous complices.

Je le sais. J’ai traversé cet enfer, et je suis un de ses survivants. Croyez-moi sur parole. Vous ne voulez pas chuter dans ces ténèbres.

Je souhaite être une voix pour ces personnes, bloqués là, tout en bas, où la lumière n’existe plus, et je souhaite être la voix qu’ils, enfin, entendent.

Je m’appelle Christopher. Enchanté de vous rencontrer. A toi qui lis ces lignes, et t’y reconnais, je te salue Ô toi vie précieuse et fier frère d’armes … saches, mon cher ami, que tu n’es plus seul.

Je suis peut-être du coté des anges, mais ne penses pas une seule seconde que je suis l’un d’eux. (La série Sherlock)

Et alors que Fear Of The Dark de Iron Maiden se termine, les paroles de Excercices In Futility VI de Mgla font écho en moi, tel les branches d’un arbre pris dans une majestueuse tempête que j’admire au loin avec émerveillement.

« As if you didn’t know how it feels to lose
As if you didn’t know how it feels to lose at dice with fate

Comme si tu ne savais pas ce que cela fait de perdre

Comme si tu ne savais pas ce que cela fait de perdre au dé face au destin

[…]
As if everything was to be made right one day
Dreams don’t come true for people like us

Comme si tout était fait pour être bien un jour

Les rêves ne deviennent pas réalité pour les gens comme nous

[…]

As if all this was something more
Than another footnote on a postcard from nowhere
Another chapter in the handbook for exercises in futility

Comme si tout cela était quelque chose de plus

Qu’une une autre note en pied de page d’une carte postale envoyé depuis nulle part

Un autre chapitre dans le manuel des exercices dans la futilité »

 

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Ecrit par Christopher Evrard.
Son blog ici => https://histoiresdunmec.wordpress.com/
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